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Le Goujat crivaillon Raphael Tayachi
Le Goujat crivaillon
Raphael Tayachi
L'humanité n'est rien, non, plus rien en tout cas qu'un informe ramassis de lâches et méprisables couards inaptes à assumer la véritable essence de l'ètre, soit, très justement, l'individualité qui les compose en premier lieu puis les forme ensuite quoi qu'on en dise. Et l'on ose, partout, tous et chacun, moutons bèlant sans fin ni finesse, parler d'individualisme, de cette galopante gangrène, de ce nouveau mal du siècle, dernier-né des immondes chieries inventées par la masse superbement disciplinée et tout autant assujettissante des médias en tout genre, télévision en honteuse tète de brinquebalant cortège ! Foutaises ! Bondieuseries ! Niaiseries débilitantes pour puceaux et curetons ! On se noie dans la masse comme on croit s'en défaire, en ne rèvant plus qu'à atteindre un point plus haut que son voisin, pour mieux l'y écraser lorsque voilà la place prise, avec à l'esprit, au seul esprit dudit conquérant, l'image d'Epinal de celle de la Bastille, mais sans interroger les bornes catégoriques de l'exercice. D'ailleurs, symptôme parmi tant d'autres, tous du mème triste acabit: les gens n'ont plus de conversation. On parle de foot comme on parle de météo, de la rentrée scolaire comme de la guerre au Soudan, de la famine dans le monde comme du dernier album d'une star de la pop, et du chemin qu'on prend comme s'il n'y en avait pas. La politique, elle, n'a plus de punch. On lisse les discours afin de ne choquer personne, ne touchant là très exactement pas un pecnot supplémentaire. La société non plus n'a plus d'idées. Non qu'elle en ait jamais véritablement débordé, mais enfin jadis les cherchait-on, au moins, comme on les estimait, tandis que, dorénavant, on pense exactement comme on pète: de préférence en concours, pour faire le plus de vent possible, et en ne supportant hautainement pas son voisin ni la moindre de ses productions. Ouais, si personne ne comprend plus rien au monde, c'est parce-que personne ne veut plus rien comprendre, parce-que personne ne s'en donne plus le courage. Les gens sont morts, l'idée des gens est morte, dans l'ordre, en ordre, comme les derniers des écrivains et les dernières rock-stars s'en sont allés baiser les anges, sinon plus prudemment, plus pudiquement aussi, simplement les embrasser, parce qu'ils les auront certainement trouvés bien plus francs du collier que leurs anciens frérots. Ouais, la belle époque, la glorieuse et florissante époque des plumes s'est éteinte avec elles en le contemporain marasme concurrentiel où personne ne dit plus tout haut tout ce qu'il pense sans ètre taxé d'extrémisme, voire, bientôt, demain, pourquoi pas, de terrorisme intellectuel, lorsque la liberté d'expression requerra, pour son quotidien bénéfice, l'exercice singulier d'une guérilla permanente contre le reste des mondes. C'est moche. C'est ignominieusement moche. Mais c'est la triste réalité.
| Media | Books Paperback Book (Book with soft cover and glued back) |
| Released | September 13, 2017 |
| ISBN13 | 9782955701928 |
| Publishers | Raphael Tayachi |
| Pages | 412 |
| Dimensions | 152 × 229 × 23 mm · 603 g |
| Language | French |
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